Les trois lauréats de la première édition du « Swiss Computer Science Challenges Award » ont reçu hier à Lausanne leurs distinctions en présence de la Conseillère fédérale Doris Leuthard. Le premier prix a été attribué à Katharina Rei-necke, de l’institut d’informatique de l’Université de Zurich, pour son projet de déve-loppement de logiciels informatiques capables de s’adapter à différentes cultures. Les deux autres projets scientifiques primés traitaient les systèmes de traduction in-formatiques intelligents ainsi que l’augmentation de performance, jusqu’ici inégalée, des systèmes informatiques, grâce aux modèles parallèles de programmation et d’architectures de système. Placé sous la présidence du Prof. Lorenz Hilty, le jury de 14 personnalités du secteur helvétique de la recherche informatique a évalué les 57 propositions qui lui sont parvenues dans le cadre de ce prix. Ce concours a été or-ganisé par le département Technologie et Société de l’Empa, un établissement st-gallois de recherche du domaine des écoles polytechniques fédérales. La somme de 30'000 francs qui récompense les gagnants a été offerte par la fondation Hasler. Dans ce cadre, la fondation a prié les gagnants de lui transmettre des demandes de soutien, afin de poursuivre leurs travaux, dans le cadre de projets de recherche.
Selon le Prof. Lorenz Hilty, initiateur du projet et membre du jury, chaque discipline scientifique est à la mesure de ses défis non résolus. Cela est également valable pour l’informatique. «Dans le cadre de notre concours, nous avons invité la communauté informatique suisse et plus particulièrement ses plus jeunes chercheurs, à déterminer quels seraient les défis majeurs à venir de leur secteur d’activité. » a expliqué Lorenz Hilty, ancien étudiant en informatique, qui enseigne actuellement à l’Université de Zurich et dirige le département « Technologie et Société » de l’Empa à St-Gall. Selon M. Hilty , le « Swiss Computer Science Challenges Award » vise à renforcer la prise de conscience pour l’informatique, en tant que discipline scientifique, et à créer une base pour des projets visionnaires de recherche informatique scientifique. Le profes-seur Hilty et ses collègues du jury ne se sont pas uniquement réjouis du taux élevé de participation à cette première édition, mais ont également souligné le niveau quali-tatif élevé des travaux remis. Préalablement à cette remise festive en présence de plus de 500 participants, le Prof. Jürg Kohlas de l’Université de Fribourg, membre du jury et représentant de la Fondation Hasler, a souligné qu’il était également décisif de soutenir les lauréats dans la conduite de leurs travaux de recherche. «La fonda-tion Hasler privilégie le développement durable, a expliqué M. Kohlas durant la conférence de presse qui précédait la cérémonie. C’est pourquoi nous avons éga-lement invité les lauréats du prix à nous transmettre leurs demandes ultérieures de soutien dans le cadre de leurs projets de recherche ».
Les gagnants du prix et leurs projets de recherche:
Premier prix
Projet: „Cultural Intelligence for User Interfaces“ / „L’intelligence culturelle pour les interfaces utilisateurs“
(logiciels capables de s’adapter à différentes cultures)
Dépositaire du projet: Katharina Reinecke
Pourquoi est-ce que les pages web sud-coréennes sont différentes des pages nord-américaines? Un Européen utiliserait-il un moteur de recherche chinois? Comment est-ce que les Africains du Rwanda utilisent Internet et les logiciels d’apprentissage ? - L’interface utilisateur d’un progiciel doit être adaptée à la culture de son utilisateur. Sinon il refusera de l’utiliser ou l’utilisera marginalement. Les différences culturelles en matière de design logiciel sont trop souvent sous-estimées. L’expérience culturelle de l’utilisateur détermine par exemple s’il désire être instruit pas à pas par le système ou s’il désire plutôt prendre des initiatives par lui-même ; si les fonctions doivent être ordonnées pour lui donner une vue d’ensemble ou s’il préfère plutôt naviguer à tra-vers une structure de réseau ; s’il privilégie un design spartiate ou plutôt une interface animée complexe. Pour être efficaces, les logiciels doivent donc s’adapter de façon géographiquement indépendante aux besoins culturels spécifiques de chaque utili-sateur , afin d’être utilisable au niveau international.
La gagnante du prix a convaincu le jury que la vision de logiciels culturellement adaptables représente un défi informatique fondamental et a montré des pistes pos-sibles de résolution de ces problèmes dans le cadre d’un projet de recherche inter-disciplinaire. Ce thème possède une relevance sociétale élevée, en raison de l’appartenance grandissante de pays en développement et de pays émergeants à la société de l’information (Comment combler le fossé numérique) ainsi qu’au main-tien de la diversité culturelle.
Katharina Reinecke est doctorante à l’Institut pour l’informatique de l’Université de Zurich. Elle a étudié l’informatique avec une spécialisation dans la visualisation assis-tée par ordinateur à l’Université de Coblence. Sa thèse traite du développement de logiciels d’e-learning destiné aux conseillers agricoles du Rwanda.
Deuxième prix:
Projet: „Towards a reliable knowledge-aware machine translation“ / „Voies vers une traduction robotisée épouvée et scientifique “
(systèmes de traduction évolutifs)
Dépositaires du projet: Davide Picca et Dr. Marco Pennacchiotti
Les systèmes de traduction automatiques ont beaucoup progressé depuis ces der-nières années. Pourtant, aucun de ces systèmes n’est réellement capable de pro-duire un niveau de traduction qualitativement élevé, après des décennies de re-cherche et de développement. Ce déficit qualitatif conduit les internautes à ignorer des documents importants disponibles sur le World Wide Web parce qu’ils ne maîtri-sent pas leur langue de rédaction. Le Web n’est depuis longtemps plus uniquement la chasse gardée des internautes anglophones. Outre l’anglais, les langues au-jourd’hui les plus pratiquées sur la toile sont, dans l’ordre décroissant, le chinois, l’espagnol, le japonais, le français, l’allemand, l’arabe et le portugais. Mais le web ne serait certainement pas l’unique endroit à tirer profit d’une meilleure qualité de traduction robotisée. Des pays multilingues, tels que la Suisse pourraient également y tirer leur épingle du jeu au quotidien.
Les lauréats ont convaincu le jury de l’importance croissante du défi de réconcilier les fondamentaux de la traduction robotisée qui avaient été jusqu’à présent été sé-parément considérés. Les fondamentaux sémantiques qui tentent de représenter la signification du texte traduit et les fondamentaux statistiques qui dérivent des règles à partir de traductions existantes à partir desquelles on peut traduire un nouveau texte. Une combinaison intelligente de ces deux dimensions permettrait d’intégrer des règles statistiques aux connaissances actuelles dans le processus de traduction robotique. Une réussite dans ce domaine représenterait une signification sociétale très élevée pour les pays multilingues tels que la Suisse.
Davide Picca est doctorant à l’Université de Lausanne. Il est actuellement chercheur invité à la Columbia University, où il travaille dans le cadre d’un projet de modélisa-tion des dialectes arabes. Il a étudié la philosophie à l’Université de Bologne où il a , entre autre, suivi les cours d’Umberto Eco.
Dr. Marco Pennacchiotti est collaborateur scientifique à l’Université de Saarland. Il a dirigé plusieurs projets de recherche du groupe pour la linguistique informatique. Né en Suisse, il a étudié l’informatique à l’Université de Rome où il a soutenu une thèse dédiée au traitement des langues naturelles.
Troisième prix
Projet: „Acceleration through Concurrency“ / „Accélération à travers la concommi-tance“
(Division du travail efficace pour les processeurs)
Auteur du projet: Dr. Luc Bläser
Le succès de l’informatique repose en grande partie sur le développement massif de la performance de la microélectronique durant ces dernières décennies. Ce poten-tiel technologique semble pourtant bientôt épuisé. De nouvelles pistes de recher-che sont nécessaires pour pouvoir assurer le développement durable de ses per-formances futures. Le Dr. Luc Bläser a reconnu que l’utilisation productive d’une mul-titude de processeurs reliés et travaillant de façon parallèle représente toujours un problème théorique non résolu de l’informatique. Afin d’y remédier, il faut progresser sur trois niveaux: dans le cadre des modèles de programmation, du délai de validité des systèmes et de l’architecture des systèmes. Malgré la disponibilité de proces-seurs meilleurs marchés et interconnectés, le modèle usuel de programmation conti-nue à s’orienter à un mode de travail séquentiel des machines. La possibilité de dé-velopper des processus de calcul sur plusieurs processeurs n’est utilisée jusqu’alors que dans des cas exceptionnels.
Le Dr. Luc Bläser est développeur libre de logiciel et consultant à Zurich. Il a étudié l’informatique à l’ETH de Zurich où il a soutenu sa thèse sur le sujet des langues de programmation concommittante et les systèmes d’exploitation.
Membres du jury “Swiss Computer Science Challenges Award”
- Prof. Abraham Bernstein, Université de Zurich
- Prof. Hervé Bourlard, IDIAP, Martigny
- Prof. Dominik Gruntz, Haute Ecole Spécialisée de Suisse nord-occidentale
- Dr. Mélanie Hilario, Université de Genève
- Prof. Lorenz Hilty, Empa, St-Gall (directeur du projet)
- Dr. Matthias Kaiserswerth, laboratoire de recherche IBM de Rüschlikon
- Prof. Jürg Kohlas, Université de Fribourg
- Prof. Friedemann Mattern, EPFZ, Zurich
- Dr. Stephan Murer, Credit Suisse, Zurich
- Prof. em. Jürg Nievergelt, EPFZ, Zurich
- Prof. Laura Pozzi, USI, Lugano
- Prof. em. Niklaus Wirth, EPFZ, Zurich
- Prof. em. Carl August Zehnder, EPFZ, Zurich
- Prof. Willy Zwaenepoel, EPFL Lausanne
Informations supplémentaires: www.informatica08.ch; www.haslerstiftung.ch; www.empa.ch