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Le blog de Mathieu Janin

A l'ère du moins renoncer va devenir tendance

Crise oblige, la tendance au renoncement et à une meilleure consommation devient encore plus actuelle.  L’institut Gottlieb Duttweiler, institut alémanique bien connu mais qui ne communique malheureusement pas dans la langue de Voltaire nous brosse huit mégatendances qui pourraient influencer demain notre vie quotidienne. La tendance générale est à l’économie, au renoncement, à la modestie et à la simplicité. Voilà certainement de quoi réjouir Calvin dans sa tombe ;-)Les 8 tendances et contre-tendances présentées par le Gottlieb Duttweiler Insitut:

1.    L’espoir
Les scandales et les catastrophes sans fin. Les experts voient noir : l’environnement, les finances , le vieillissement de la population des grandes puissances occidentales. Le monde semble échapper à tout contrôle dans les mains de cygnes noirs, tel que le décrit l’auteur Nassim N. Taleb. Mais l’avenir n’appartient pas aux sombres prophètes mais à chaque entrepreneur et politicien prônant de nouvelles idées d’amélioration (qualitative) de notre monde et qui contribuent à titiller l’esprit d’innovation.  A l’ère du moins (Age of less), plus besoin d’hystérie mais d’espoir !

2.    Le développement durable
Obama nous l’a appris. YES WE CAN.  Des promesses optimistes permettent de remporter la victoire.  Ceci est valable pour l’homme comme pour les produits et services.  Les commerçants nous proposent de  plus en plus de produits « verts ». Et une clientèle croissante est prête à débourser plus pour mieux acheter.  Les appels au développement durable seront de plus entendus par les consommacteurs et leurs auteurs se verront récompenser en espèces.  Bientôt une nouvelle opportunité poindra.  Le commerce de la peur. Famine en direct sur les ondes, les journalistes du monde entier commenteront en direct les catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique. Les scénarios apocalyptiques des chercheurs nous paraitront de plus en plus réalistes. Et ce sont les assureurs qui en tireront leur épingle du jeu.

3.    Mobilité
L’or noir sera rare. La rareté est chère. Cette tendance ne sera pas sans effet sur l’évolution de notre mobilité. Pour bon nombre d’entre-nous, les weekends à Londres ou les voyages à l’autre bout du monde appartiendront bientôt au passé. Et celui qui misera plus sur l’électricité que sur le pétrole ne sera pas épargné. La rareté du pétrole augmentera le niveau de prix de ses biens de substitution. Le prix de l’électricité grimpera également. Pour contrer cela, nous allons devoir nous habituer à vivre plus localement. La problématique des distances va regagner son importance.  Vivre à la campagne, travailler à la ville et acheter aux champs – vivre de cette façon sera trop onéreux demain. L’attraction des villes va augmenter.

4.    Status
La prise en compte environnementale va faire augmenter notre culpabilité et par conséquent notre aptitude à l’expiation et à la déduction.  La tendance générale moralisatrice  entraînera simultanément une baisse de tolérance de la société envers toute forme de gaspillage. Le luxe nous prendra de plus en plus la tête. Les pensées noires exigeront des sacrifices démonstratifs à travers diverses violences de la nature et des marchés qui deviendront de plus en plus incontrôlables .  Une consommation consciente signifiera également un renoncement démonstratif. Les premiers produits sacrifiés seront des biens visibles dont on peut facilement se passer…surtout si ces derniers n’impressionnent plus personne.

5.    Modestie
La récession actuelle pourrait faire école. Se dessine déjà une nouvelle forme de modestie inconcevable jusqu’il y a très peu de temps. Subitement, les entreprises renoncent à l’effet bling-bling de leurs bâtiments prestigieux, les banquers renoncent à leur boni si élevés et les consommateurs américains abandonnent leurs grosses voitures pour des véhicules moins gourmands. La célèbre chasseuse de tendances américaine Faith Popcorn anticipe cette nouvelle philosophie de vie appelée « cashing out ». Lachons  prise de nos charges, vivons mieux avec moins. Tirons parti du renoncement. Mais attention : la retenue et l’auto-limitation ne sont pas une perte de qualité de vie. Au contraire. Le cashing out est qualifié de libératoire. Il nous permet de rompre avec le culte occidental de la performance pour gagner une nouvelle qualité de vie.

6.    Simplicité
Les LOHAS cèdent leur place aux LOVOS. L’abréviation signifie Lifestyle of Volutary Simplicité qui privilégie un style de vie basé sur la simplicité choisie et une consommation plus consciente – voire même un renoncement à consommer. Contrairement au LOHAS (Lifestyle of Health and Sustaiability) il ne s’agit pas uniquement d’acheter des produits durables mais également d’adopter des modèles de vie, de production et de consommation moins gourmands. La controverse de la « bottlemania » illustre ce changement de tendance.  L’eau contenue en bouteille représente un marché à milliards, alors que la qualité de l’eau dans nos pays occidentaux est excellente. Un nombre croissant de consommateurs réfutent de consommer à grand frais ce qui existe déjà dans la nature de façon presque gratuite et dont l’emballage pollue. Dans l’ère du moins, la prise de conscience environnementale et la récession représentent l’essence qui alimente le mouvement des LOVOS.

7.    Agriculture
La fermière américaine Amy Hepworth possède déjà une véritable communauté d’admirateurs. Elle a gagné cette popularité grâce à la chaîne de supermarchés bio Wholefoods qui promeut les produits locaux et présente en direct ses agriculteurs à l’intérieur de ses supermarchés.  Le programme « Meet the Farmer » de Wholefoods comprend également une plateforme en ligne sur internet qui permet aux agriculteurs américains bio de se présenter aux consommateurs grâce à la vidéo, aux photos numériques et au texte.  La raison de ce succès réside dans l’insécurité des consommateurs  dans l’ère du moins.  Depuis longtemps, ils ne peuvent plus dire quelle nourriture est réellement bonne pour eux et quelle nourriture leur est néfaste. C’est la raison pour laquelle ils désirent désormais connaître l’endroit où pousse leurs carottes, comment l’on apprête leur steak et comment leur bœuf a été engraissé. Les marchés hebdomadaires où les agriculteurs vendent en personne leurs marchandises regagnent ainsi en importance et les agriculteurs se voient placés sous les feux de la rampe.

8.    Fabrication de masse
L’état de méfiance croissante envers les milieux économiques pousse une part croissante de la population à prôner une désindustrialisation. Les produits régionaux et artisanaux, fabriqués à la main – tout sauf de la fabrication industrielle.  L’ère du moins ambitione de réinventer l’industrialisation agraire afin de mieux répartir les ressources disponibles sur l’ensemble de la planète. C’est le défi à relever pour parvenir à nourrir les 9 milliards d’individus qui peupleront la terre à l’horizon 2050. Pour ce faire, nous nécessitons des innovations technologiques radicales.  Dickson Despommier de la Columbia University de New York envisage de développer des serres verticales aux alentours immédiats des métropoles afin de nourrir les populations concernées. Le principal défi en la matière sera d’éviter les erreurs des précédentes industrialisations afin d’agir de façon plus sociale et plus écologique et garantir ainsi le développement durable de notre société.

Source : GDI/Persoenlich/Moneycab/New York Mag/Wikipedia